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lundi 6 juillet 2009

Lectures : rencontre avec une fraise...

Nourriture et littérature auraient des points communs, tiens, tiens... Drôle d'idée ! Comme agriculture et culture ? Comme gourmandise et... Ah, la rime ne vient pas tout de suite. Mais il ferait bon voir qu'on nous l'interdise ! Toutes ces cerises et ces merises qui nous emparadisent...

Enfin, revenons à nos moutons ou plutôt à nos légumes et à nos fruits. Où les chercher, où les rencontrer dans les livres, au fil des pages ? Partout, partout, chez les bons auteurs ! Vous les découvrirez dans cette chronique, mais bien entendu, certains refusent absolument de parler des choses sérieuses comme de passer à table. Je dénonce immédiatement Flaubert, mais il y a en aura d'autres ! Aujourd'hui, rencontre avec Michel Onfray, créateur de l'Université populaire de Caen, philosophe hédoniste et auteur prolifique du Ventre des philosophes, de la Raison gourmande et de bien des traités sur le plaisir.

Un vrai moment de bonheur quand Michel Onfray nous raconte sa rencontre avec une fraise :

« L'idée me vint comme un éclair, fulgurant de l'endroit où elle était : dans les limbes, la mémoire de l'enfant que je fus. Mon meilleur souvenir gastronomique, c'était une fraise dans le jardin de mon père. La journée avait été chaude, un été. Les fraises étaient gorgées de cette chaleur qui brûle les fruits jusqu'au coeur où ils sont tièdes. Les feuilles ne suffisaient pas à faire une ombre qui les protège assez. J'ai détaché l'une d'entre elles. Mon père m'a invité à la passer sous l'eau, selon son expression, pour la nettoyer et la rafraîchir. Le filet descendu du robinet était glacial, procédant des sources qui dormaient sous les jardins. Lorsque je mis la fraise en bouche, elle était fraîche sur sa surface et chaude en son âme, peau douce presque froide, chair tempérée. Ecrasée sous mon palais, elle se fit liquide qui inonda ma langue, mes joues, puis descendit au fond de ma gorge. J'ai fermé les yeux. Mon père était là, à mes côtés, travaillant la terre, courbé sur les planches du potager. L'espace d'un instant - une éternité -, je fus cette fraise, une pure et simple saveur répandue dans l'univers et contenue dans ma chair d'enfant. De son aile, le bonheur m'avait frôlé avant de partir ailleurs. »

Michel Onfray dans le prologue à La raison gourmande paru chez Grasset en 1995

Rédaction et recherche par Anne Simonet Avril

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